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41 artistes en prison - Complicité d'Evasion, n° hors série de l'Ecrou, texte du catalogue de Jean-Yves Loude : Toiles en taule" pp 9-22, édition Michèle Neyret Communication, Lyon, 1992, 127 pages dont 55 reproductions d'oeuvres d'artistes en prison et d'oeuvres de détenus.
Demander à de grands artistes contemporains de réaliser une uvre sur un lieu imposé : la prison. Quarante et un acceptent, un écrivain, Jean-Yves Loude témoigne.
(extrait)
L'enfant demanda au peintre de lui dessiner un prisonnier.
L'artiste ne savait pas, il n'en avait jamais vu. Il ignorait si un prisonnier avait toujours figure humaine. Il pouvait imaginer la lassitude des grands fauves, la nostalgie des élégants cervidés, derrière des grilles ; pour lui, la privation de liberté équivalait à une perte de couleurs, à un teint de poussière, à un long baillement qui durerait des années. C'était à peu près tout, il n'avait pas approfondi la question. Les humains derrière les grilles ne se montrent pas, pensait-il, certains sont gardés à l'ombre, pour avoir revendiqué des parts de soleil par des moyens non homologués.
Le peintre croisait ses pinceaux, l'encre silencieuse.
L'enfant insistait et accusait l'artiste de ne pas jouer son rôle. Alors, le peintre dessina une boîte avec quatre hublots pour permettre à l'âme de s'évader. Mais l'enfant avait des références, il protesta :
- Ton prisonnier ressemble à un mouton !
L'artiste perdait un peu l'équilibre. Il jeta des chaînes rouillées à travers son atelier. Il en accentua les convulsions pour donner l'impression de venimeuses frontières. Il griffonna un message au dos d'une carte postale : "Au-delà de ces limites, votre liberté n'est plus valable".
Et il déclara à l'enfant :
- Voilà la prison !
Mais l'enfant avait déjà vu :
- Des barrages de poutres, des murs de briques ébréchées, des cerceaux lancés au sol, des massifs de tessons, des néons en forme de potence... J'ai vu. Depuis que je suis né, je n'ai vu que ça dans les Musées. Dessine-moi plutôt la vie d'un prisonnier, exigea-t-il. Dessine-moi le flottement des odeurs, le croisement des couleurs dans les couloirs, le mouvement des bruits depuis les cellules... J'ai besoin de connaître cela avant de me décider à grandir.
L'enfant expliqua qu'il voulait savoir si le monde qu'on allait lui offrir demain, serait ouvert ou fermé.
Le peintre argumenta :
- Le monde, comme les idées, comme les portes, ne s'ouvre pas tout seul, il faut beaucoup de complicités pour le débloquer.
- Je t'aiderai ! le rassura l'enfant.
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Disponibilité :
Michel Neyret Communication
32, rue du Buf
69005 LYON
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