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La déroute des épices.
Nouvelle de Jean-Yves Loude, dans "13, quai de la Pécheresse", roman collectif aux éditions du Ricochet, 1999
extraits :
"Je n'aime pas les matins quand Max s'en va. Tout est tellement calculé, chronométré, justifié, dit-il, par sa hantise de rater l'avion. Un réveil extrêmement précoce. Il me fait l'amour avec ferveur, comme s'il priait. J'ai presque envie de soupirer "Amen !" quand il retombe sur moi, illuminé par la grâce. L'idée des risques qui l'attendent m'empêche de jouir. Je préfère les assauts triomphants et détendus de ses retours quand le lit balance sur des rythmes maloya de la Réunion ou se soulève sous l'effet du souffle mystique d'un qawwali pakistanais.
Je reste bêtement inerte, le traversin roulé contre mon ventre, à le regarder s'habiller. Il s'y applique comme un torero avant le combat, peaufine sa mise de baroudeur devant l'armoire à glace et un semblant d'autel cuménique où se pressent Krishna, Bouddha, Kali, des jumeaux dogons et Erzulie la belle Vénus haïtienne du panthéon vaudou. Ses yeux laissent des traces de nostalgie sur le miroir ; il chausse ses lunettes sombres pour voiler une tristesse qui pourrait m'atteindre. Les appareils photos, pellicules, carnets, stylos, médicaments, son couteau laguiole, tout est prêt depuis la veille. La saharienne sur le dos, la marque du crocodile sur le cur, les Méphisto aux pieds, il baise mes épaules nues, réveille les enfants en leur promettant de décrocher la lune dans les reflets d'un lac sacré. J'entends Rama et Sita lui réclamer un tatou, pour la dixième fois. C'est un jeu entre eux. Max reste prudent : "On verra bien ce que je trouverai là-bas, en attendant veillez bien sur les iguanes et ne laissez pas traîner la migale partout !" La porte claque."
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Disponibilité :
Librairies
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